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 Les essais littéraires de RD

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Restless Dream
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MessageSujet: Les essais littéraires de RD   24.05.13 2:34

Ici, je vais mettre mes petites nouvelles, mes poèmes, mon alphabet en allitérations et en assonances, tout ça rien que pour vous. On commence doucement avec trois petites nouvelles d'à peine une page word chacune, racontant la vie et les déboires de Justine.

Justine

Justine a dix ans quand elle se rend compte que le monde des adultes est un univers qu’elle ne veut pas connaître. Les adultes pleurent et rient sans savoir pourquoi, les adultes crient plus qu’ils ne disent « je t’aime ». Justine le décide, elle ne sera jamais une adulte.
Et maintenant, Justine est là, devant la porte qui se fera bientôt fracasser si l’homme derrière continue de cogner aussi fort. Elle ne sait même pas quel âge elle a. Justine, elle sait juste que sa vie, même si les gens la plaignent, est plus belle que n’importe quelle autre. Sa mère ne connaît rien. Pour elle, Justine n’est qu’une gamine turbulente.
Mais la gamine, ce qu’elle aime le plus, c’est ouvrir la porte à un parfait inconnu qui la prend, gavé de jus d’arc-en-ciel, dans la salle d'eau obscure d'une maison en pain d’épices. Le monde de Justine est aussi réel que celui de la télévision de sa mère, elle le sait, mais personne ne la comprend. Personne n’essaie même de la comprendre.
Au moins, l’homme est dans la même situation qu’elle. C’est pour ça que Justine n’a pas hésité à lui dire oui en échange d’une bonne dose. Elle sait que ça ne sera pas long. Ça ne l’a jamais été.
« Fais pour moi repentance… Va en pérégrination, ma belle. Je me nourris de ta chute comme ton corps de cette semence. »
Justine note que la poudre à ailes rend le plus idiot des proxénètes poète.
Et le temps se suspend tandis que la chaleur divine l’envahit, ses tempes éthérées en premier… Puis elle se propage doucement sur la face intérieure de sa boîte crânienne. Justine est rêveuse tandis que la couleur inexistante s’amuse à caresser la moindre surface de son cervelet à l’instant déployé et séchant là, prêt à se faire bronzer par l’onde raffinée. Un liquide chatouille ses fesses posées sur le rebord du siège de toilette, la faisant frémir.
Mais Justine crève sa fragile bulle d’un coup. Ce n’est pas de l’eau. L’eau n’est pas rouge. Ça, au moins, Justine le sait.
« Tu as été excellente. »
Justine lève les yeux vers Samuel qui s’agenouille en récupérant soigneusement sur le cadavre de l’homme la précieuse mixture. Son petit ami a toujours eu le don d’inventer des plans presque aussi tordus que son esprit pour s’envoler sans payer. Ça n’a jamais choqué Justine. Rien ne la choque.
« Je plane, mon amour. »
« Je sais. Volons ensemble. »
Et des plus profonds limbes où sommeillent encore les harpies, oui; des plus éloignées bronchioles de ses éponges pulmonaires s’écoule le souffle criard et suppliant de l’air… Mais Justine est sourde, elle ne ressent déjà plus son équerre vertébrale qui, gorgée de cette succulente moelle, diffuse en son corps les fondations du mal.




La femme

Le parking, puis le couloir, puis l’ascenseur, puis le toit. Justine tremble de froid malgré vingt-neuf degrés Celsius.
Le petit paquet coincé entre ses petits doigts osseux, elle déborde de nerfs. Justine coince la porte avec un morceau de béton, tire le fauteuil contre le rebord du toit. Le fauteuil la prend dans ses bras et un de ses ressorts pointe dans les fesses de Justine. Elle sort la petite trousse rouge marquée d’une croix blanche. Dans la valise à vices, un petit diable rouge en décalcomanie, un vernis à ongles noir, une photo de Leonardo Dicaprio, l’acteur le plus sexy du monde, et un étui à lunettes avec le matériel. C’est l’heure du bricolage.

Justine fixe le sommet du pic à glace. Elle se cramponne à la surface de sa peau blanche, pointillée ici ou là de quelques tâches de rousseur et d’un grain de beauté, dernier survivant d’une époque plus faste. Justine a dit oui à un sexe fort ce matin, mais pas pour elle, juste pour sa dose. Elle récidive l’épreuve qu’elle ne cesse de vouloir congédier. Mais après tout, Justine s’en fout, ce n’est qu’une carcasse et sept minutes d’oubli. Justine n’a pas mal à l’âme, seul son corps crie : Envoie ! Enfile ! Amène ! Donne !

La reine est là, elle lui fait face, fondante et bouillonnante dans la petite cuiller tordue et rouillée. Un coup de mistral lui déplace sa frange, Justine ne voit plus que le métal, le plastique et la chair.

Justine n’a plus personne autour d’elle, même plus personne à dire « je t’emmerde ». Squelette saillant, muscles défaillants, les yeux dehors, le bras levé, le poing serré, Justine cherche le canal, le tube, la voie. Les hématomes la regardent et la supplient de les éviter cette fois.
Le bras trop mince se pince : Pique, pique et colle et grammes.
Vivement les doigts dans la prise. Justine se fixe, s’accroche, se rêve. L’air lui vient dans les boyaux. Justine regarde la nuit et se dit « oui » et puis « non » et puis « plus rien ». Son corps lève le camp.

Les choses ralentissent, les bruits ramollissent, les sirènes de voiture resplendissent au creux d’elle-même. Le chaos est ailleurs. Les cars de flics brûlent, les filles crient dans les sous-sols, les mères pleurnichent derrière leurs paraboles, les pères giflent mollement des fils prétentieux, Justine est au centre, au fond et au-dessus. Les larmes s’enfoncent dans ses joues concaves. Le trou noir a rendez-vous avec l’étoile filante.

Un gamin la siffle à l’autre bout du toit, le conseil des paumés tient une session dans le repaire. Justine les connaît tous. Tous ont déjà possédé une partie du corps de Justine, sauf celle de l’amour. Collée contre son mur, les pieds dans le vide, surplombant vingt-neuf étages, Justine ne voit pas Jonathan avancer contre son visage.

La valse des sens fait tanguer les jambes de Justine. Jonathan lui touche les cuisses. Justine est longue, sa jupe est courte. Jonathan a cinq ans de moins qu’elle mais il sait ce qu’il aime lui faire.

Justine, lointaine et distante, déverse ses doigts dans les cheveux de Jonathan. Elle aimerait qu’il lui dise qu’elle est belle, qu’elle vole au dessus, qu’elle va partir. Justine, elle aime son papa même s’il n’est jamais là. Justine déteste sa mère.
Elle lui a souvent dit « viens, maman, viens… ». Mais sa mère dort les yeux ouverts et l’ignore.

Là-bas, Justine trouve un grenier avec des malles de trésor, des bijoux fluorescents, une galette des reines avec une fève en santon et une tiare de strass. Justine compte les moutons noirs au dessus du portail du château, son papa a les bras ouverts. Sa mère est là aussi, elle a un couffin dans les bras et souris comme jamais Justine ne l’a vu sourire. Justine avance mais le décor recule. Justine court et l’instantané s’estompe.

Ici, Jonathan hèle les autres, le clan aura sa part. Justine retire machinalement le garrot. La salive autour de ses lèvres bleues mousse et Jonathan lui presse le sein. « T’es bonne !» Justine veut être une princesse, une fille modèle, mais elle n’est qu’un malheur malheureux...

Les petits hommes s’affairent, ils rient. Justine rit aussi à l’intérieur, elle voit des rayons d’électricité, des souris blanches, des robes en velours, des chaussures rouges.

Djamel, le plus grand, le plus vieux, propose le bon plan, fait l’intéressant.
« On lui fait une Speedball ? Elle va monter haut ! »

Justine entend les sirènes, vogue la galère, les marins vomissent. Justine soulève sa paupière, trouve une étoile, prie pour qu’elle l’emmène loin. Les côtes claquent, les voiles se lèvent, Justine sent l’iode, l’urine, l’embrun, la vague…

L’oxygène circule dans le circuit, heurte les veines, blesse un ventricule, trouve une alvéole et une bulle explose juste au centre. Justine soupire. Soupir.



L'enfant

Quelque chose heurte le conduit.
Une explosion.
La lumière au bout du tunnel.
Elle, elle n’a aucune prétention. Vraiment. Il n’y a pas de public à satisfaire, plus aucun spectateur pour sa vie. Rien qu’elle et du brouillard. Et c’est tout.
Elle se fixe, se moue, se crampe. La rivière coule le long de ses jambes. Rien à foutre. Elle continue de grimper, de grimper, de grimper.
Le sommet du pic harponne la glace et la roche. Elle cherche une prise, un creux, un trou. La rédemption. Elle songe brièvement à la biogénétique. Le pic s’enfonce, creuse la pierre et un morceau de point de beauté tombe. Elle le fixe de ses yeux jaunes. Au fond d’elle, elle sait qu’elle s’en fiche. Ce n’est là que le souvenir d’une époque bien plus lumineuse, une époque où la chaleur se confondait avec le sourire d'un homme. La jeunesse n’a plus aucune signification.
Sous la surface trouée, le calcium s’agite.
L’ascension continue. Monter, elle doit monter, aller toujours plus haut…
C’est un cap, une péninsule. Elle est à sa limite physique.
Respire.
Le corps ne la soutient plus, il lâche, mais l’esprit prend le relais. Respire.
L’oxygène heurte le conduit.
La brume semble plus légère. Un « {zut!} » lui échappe, et sa voix porte loin, très loin. Soupir. Personne pour l’entendre. Le rideau tombe.
Sept minutes de plaisir.
Elle en est à la dernière courbe, le dernier obstacle à son ascension. Ses doigts glissent sur le calcaire. Elle se resserre, elle agrippe, elle applique ses serres de harpie et raffermit sa prise, son être. Il ne lui suffit que d’une pincée de volonté.
Elle se fixe à une excroissance - ses épaules osseuses et pointues – et l’utilise comme un tremplin.
L’y voilà. Elle a atteint le sommet. Plus haut il n’y a rien, si ce n’est un ciel nuageux, gris, qui semble bien déterminé à lui cacher les étoiles.
Sept minutes de plaisir et de l’eau sur ses cuisses. La réalité se chamboule, se dénonce. Elle s’assied sur le bord et observe le niveau monter. Bientôt, elle sera inondée. Tant pis. Ça devait arriver un jour ou l’autre.
Elle corrige sa position, une roche pointe dans sa fesse. Ça démange.
Elle entend comme une voix. Il lui faut une plus grosse dose.
C’est vraiment gênant. Ça pique.
Pique, pique et colle et grammes.
Une explosion dans la coupe.
Son regard se perd dans les flots qui s’agitent. Inlassables. Elle voudrait bien l’être, mais elle sent une fatigue indescriptible enlacer son être. Au moins, elle n’a plus mal. Elle n’aura plus jamais mal.
Elle admire la danse de l’eau. Au loin, il lui semble voir comme un berceau qui flotte. Des pleurs de bébé résonnent dans ses oreilles. Elle les ignore. Il n’y a aucune métaphore à faire ici. La réalité n’a rien de poétique.
Pourtant, elle ne peut s’empêcher de fixer le berceau qui s’éloigne. Les pleurs sont remplacés par une voix chaude, masculine, diablement attirante, trompeuse.
« Ta beauté m’inspire des mots qui le vocabulaire dépassent. Quand tu passes, tous les crayons trépassent. »
« Tout mon être ne peut s’empêcher de trembler quand je songe à tes yeux se rivant sur mon dos. »
« Oh, que j’aimerais m’oublier en toi, vider mon essence dans le gouffre de ton être. »
« Regarde-moi. »
« T’aimes ça, hein, ma salope ? Sale garce ! »
Elle affiche un mince sourire, qui s’applique sur tout son corps comme un linceul. Vider son essence. Cracher son surplus existentiel dans la moiteur métaphysique de la coupe divine au sommet de ses hanches.
Elle n’a pas d’excuse. L’eau coule, glisse sur ses cuisses, tombe dans le gouffre et alimente la mer qui monte, monte, monte. Elle ne veut pas l’admettre, elle déteste les métaphores, mais il y a quelque chose de très symbolique là-dedans.
Elle ferme les yeux. Sept minutes de plaisir. Bientôt elle reprendra contact. L’eau touche ses pieds. Elle monte, elle la rejoint de plus en plus vite. Cette fois-ci, il n’y aura pas de rongeurs multicolores ou de requins à tête chercheuse pour la sauver.
Elle ouvre les yeux. Elle voit un ange tout vêtu de blanc, sa tunique tâchée par le sang. Il a un masque étrange sur la bouche, et un bonnet franchement hideux. Mais elle peut deviner son sourire chaleureux. Elle lui rend. Le paradis l’attend.
Il parle.
« C’est une fille. »
Elle cligne. De quoi parle-t-il ? L’eau monte. Ça ne devait pas être important. Il aura tout le temps de lui parler plus tard.
Elle aimerait quand même lui adresser la parole. Rien que pour la forme. Elle sait qu’elle ne doit pas, rien ne doit plus la retenir, mais elle ne prend aucun crampon, elle demande simplement. Sans attendre de réponse.
« Avez-vous déjà vu… un homme nu sur un cheval ? »
L’eau monte. Sept minutes de plaisir. L’ange ne lui répondra pas. Tant pis.
Elle se noie, mais ce n’est pas désagréable. Elle avale un peu. Ça a comme un goût de chocolat et de fraise. Une saveur d’enfance.
La lumière au bout du tunnel.
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MessageSujet: Re: Les essais littéraires de RD   24.05.13 6:53

*n'en a compris que la moitié, mais en même temps il est même pas sept heures du matin...*

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